Autrefois fournisseur très apprécié de caviar soviétique, l’esturgeon d’Azerbaïdjan est victime de la surpêche et de la contrebande. La situation est devenue encore plus tendue depuis l’introduction récente d’une interdiction internationale sur les exportations.
Traduit par Jacqueline Dérens
Pour sauver les stocks d’esturgeon sauvage qui s’amenuisent, la Convention des Nations unies pour le commerce international des espèces en voie d’extinction (CITIES) n’a pas établi de nouveaux quotas d’exportation pour 2006, car elle n’a pas reçu de nouvelles données sur la capture des esturgeons de la part des cinq pays limitrophes de la mer Caspienne. Cette mesure qui équivaut à une véritable interdiction de l’exportation de l’esturgeon, devrait durer jusqu’à ce que les cinq pays fournissent à CITIES des informations sur le niveau des stocks et sur les ventes illégales.
Les cinq pays, Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan fournissent 90 % de la production d’esturgeons dans le monde. L’Azerbaïdjan est le quatrième producteur mondial pour l’esturgeon sauvage et selon les responsables gouvernementaux le second fournisseur d’esturgeons d’élevage de la région après la Russie. En 2004, près de deux tonnes d’esturgeons sauvages ont été capturés.
Chacun de ces pays doit lutter contre le braconnage, un problème récurrent, et montrer que ces plans de pêche vont assurer la survie de l’espèce. Comme l’esturgeon de la Caspienne est une ressource pour les cinq pays, ils doivent s’organiser pour des pêches en commun.
« L’esturgeon est en péril depuis longtemps déjà et il est clair que des mesures sévères doivent être prises pour mettre fin au commerce illégal du caviar et s’assurer que le commerce légal est contrôlé correctement pour assurer une production durable », a déclaré à propos de l’interdiction de CITIES le Dr Susan Lieberman, directeur du Programme pour les espèces mondiales du World Wildlife Fund.
La capture de l’esturgeon a atteint son apogée dans les années 1930, et depuis elle est en déclin continu, accéléré ces dernières années. La prise est passée de 25000 tonnes dans les années 1980 à environ 1450 tonnes en 2003. Cette chute soudaine des stocks est due à une mauvaise organisation, à des captures légales et illégales trop fortes, à la chute de la production des élevages pour la reproduction, aux barrages dans les rivières où les esturgeons pouvaient se reproduire et au niveau alarmant de la pollution.
Alors que la pêche diminue, la valeur de l’esturgeon a augmenté. On ignore officiellement le chiffre des revenus à l’exportation pour l’Azerbaïdjan, mais les estimations de ce commerce à l’échelle mondiale sont de centaines de millions de dollars. Un kilogramme de caviar Beluga peut atteindre jusqu’à 7000 dollars selon CITIES, un chiffre qui encourage un marché noir florissant pour ce produit. Des médias locaux affirment que des groupes mafieux contrôlent ce commerce en Azerbaïdjan.
Pour le consommateur, il est parfois difficile de savoir si le caviar acheté provient d’une source légale ou illégale. L’Azerbaïdjan ayant élaboré une loi pour la régulation de la vente sur le marché intérieur, l’interdiction de CITIES ne concerne que les exportations. On trouve toujours ce produit lucratif sur les marchés locaux et dans les bazars. où il est souvent sorti de conteneurs sans étiquette pour être mis dans des emballages dûment étiquetés.
Rauf V.Hajiyev, responsable au sein du ministère de l’Écologie et des ressources naturelles d’Azerbaïdjan pour la protection de l’esturgeon, estime que le braconnage compte pour 10 à 15 % des prises annuelles. CITIES, pour sa part est convaincu que la pêche illégale en mer est plusieurs fois supérieure à la pêche légale. La capture de poissons au-delà des quotas autorisés et la pêche en mer s’ajoute au braconnage. La pêche en mer est illégale, car les esturgeons n’ont pas encore atteint leur maturité et ne produisent pas autant d’œufs que lorsqu’ils frayent dans les rivières.
Lutter contre ces abus n’est pas facile. Le ministère ne dispose que d’un seul bateau pour faire respecter le règlement de la pêche en mer. Une réorganisation des responsabilités est en cours et le ministère de l’Intérieur va disposer de plusieurs bateaux pour faire respecter la loi. L’Azerbaïdjan va aussi promulguer une loi pour interdire complètement la période de reproduction entre les mois d’avril et mai.
Pour protéger ses esturgeons, l’Azerbaïdjan dispose également de quatre fermes piscicoles, situées à l’embouchure de la rivière Kura, environ 120 kilomètres au sud de Bakou. La plus récente, Khilly, dans la région de Neftchala, a été construite avec l’aide de la Banque mondiale. Elle a une capacité de production de 15 millions de poissons et devrait atteindre ce chiffre dès cette année. En 2005, les fermes piscicoles de l’Azerbaïdjan ont produit 20 millions de poissons.
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