L’école obligatoire en Arménie ne dure que dix ans, deux ans de moins qu’en Europe et en Amérique du Nord. Les élèves commencent à sept ans et s’arrêtent un an plus tôt que leurs collègues occidentaux. Les responsables arméniens sont bien décidés à rénover le système éducatif hérité de l’époque soviétique, afin de se mettre en conformité avec les normes européennes, mais beaucoup de parents et d’éducateurs se demandent s’ils en ont vraiment les moyens.
Traduit par Jacqueline Dérens
L’école arménienne est à la traîne et cela veut dire que beaucoup de jeunes rencontrent des difficultés quand ils veulent entrer à l’Université, aussi beaucoup ont-ils recours à des cours privés pour se mettre eu niveau.
Très souvent, les élèves ne fréquentent plus la classe terminale, préférant suivre les cours privés pour réussir leur examen d’entrée à l’université, mais comme ils ont besoin du certificat de fin d’études secondaire, les parents n’hésitent pas à graisser la patte des professeurs pour l’obtenir.
Susanna a dû envoyer son fils dans des cours privés pour qu’il arrive au niveau requis pour entrer à l’Institut des Beaux-Arts et de Théâtre de Yerevan... Pour obtenir son certificat de fin d’études, elle a fait comme les autres parents : « les professeurs et le proviseur m’ont fait comprendre que si je ne le faisais pas il serait exclu de l’école secondaire ».
Les responsables affirment toutefois que ces pratiques sont de l’histoire ancienne et que l’école de 12 ans va être mise en place à la rentrée prochaine. Cette réforme fait partie d’une loi qui doit être examinée par le Parlement. Les députés ne savent pas encore quand le débat aura lieu, mais ils espèrent bien que la loi sera votée avant la rentrée scolaire au 1er septembre
« Nous devons marcher du même pas que le reste du monde... Notre système éducatif n’est absolument pas aux normes internationales », a déclaré Narine Hovhannisian, responsable du département de l’éducation et ministre des Sciences. Les réformes sont exigées par la Déclaration de Bologne, signée par les ministres de l’éducation de 29 pays européens en juin 1999 en Italie, et dont le but est d’uniformiser les normes éducatives sur le continent.
L’Arménie a signé cette déclaration en 2005, étant la dernière des républiques soviétiques à le faire, et elle s’est engagée à ce que son éducation réponde aux exigences de la Déclaration en 2010. À cette fin, Banque Mondiale a alloué 19 millions de dollars pour rénover les méthodes d’enseignement, les examens, introduire de nouveaux équipements et améliorer la qualification des enseignants. Pour les responsables, ces réformes seront « la voie du salut ».
Pourtant, beaucoup de parents et d’enseignants ne sont pas aussi enthousiastes. Ils ne sont pas contre les réformes, mais il se demandent si de véritables changements vont se produire et si les écoles possèdent les infrastructures adéquates pour mener ces changements.
L’opposition est particulièrement vive chez les parents des enfants d’âge préscolaire. Ils affirment que fixer l’âge de l’entrée à l’école à six ans est trop tôt. De plus, les écoles qui ont beaucoup souffert de l’effondrement de l’Union Soviétique manque de moyens et d’équipements pour accueillir de si jeunes enfants.
Par exemple, les couloirs de l’école n°4 d’Echmiadzin sont à la même température glacée que la rue dehors, en dépit d’un poêle à pétrole, et bien peu d’élèves ont enlevé leurs manteaux. Et si quelqu’un ouvre la porte, le groupe demande en choeur qu’on la ferme vite pour ne pas laisser s’échapper le peu de chaleur. Le poêle empeste, mais on ne peut pas ouvrir la fenêtre. Dans les couloirs se répand l’odeur nauséabonde des toilettes, cassées depuis bien longtemps.
David Lulukian aura 6 ans et doit entrer à l’école en septembre prochain. Mais sa mère se demande encore si elle va l’envoyer à l’école. « Je ne sais pas quoi faire, ce ne sont pas des conditions pour un enfant de six ans », se demande-t-elle. « Est-ce que je dois le priver de ses jeux, nuire à sa santé ou enfreindre la loi ? ».
Ashot Bleian, ancien ministre des Sciences ne s’attend pas à ce que les choses s’améliorent avec les réformes. « Comment savoir si le nouvel équipement sera mieux utilisé que celui que nous avons en ce moment ? Sur quoi s’appuyer ? Le nouveau système d’évaluation ? Que va-t-on gagner avec l’école de 12 ans, si nous ne sommes pas capables de travailler dans une atmosphère sereine et créative ? »
Beaucoup craignent aussi la confusion. Certains vont continuer avec l’ancien système de 10 ans, ceux qui entreront à l’école en 2006 feront 11 ans et ceux qui commenceront leurs études l’année suivante, douze ans. La ministre est sereine. « Il n’y aura pas de confusion, tout se passera bien ». Les enseignants auront des cours de mise à niveau pendant l’été, mais on ne sait pas encore s’il y aura un nouveau programme.
Les élèves sont ravis des réformes, mais ne savent pas vraiment comment tout cela va se passer. « Je veux devenir artiste et si l’école de 12 ans me permet d’atteindre ce but, tout cela est justifié. Mais je ne sais pas vraiment si ce sera le cas », se hasarde à dire Emma Grigorian.