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Gaz : un vent de guerre froide souffle entre la Géorgie et la Russie
Par Gennady Abarovich et Murat Gabarayev

Après les explosions qui ont endommagé le gazoduc qui traverse les montagnes du Caucase, une grande partie de la Géorgie est restée privée de gaz, même si la situation est en train de se normaliser. Les relations russo-géorgiennes sont tombées au plus bas, des ministres de Tbilissi accusent Moscou de « terrorisme », et le Président Saakashvili propose de réunir un forum avec les ministres de l’énergie d’Ukraine et des pays européens, pour chercher des voies alternatives pour le transit du gaz vers l’Europe.

Le Président géorgien Mikhail Saakashvili a accusé Moscou d’être responsable de la pénurie énergétique de son pays. Le ministre de l’Intérieur, Vano Merabishvili, a été plus loin encore en qualifiant cet incident « d’acte bien organisé de vandalisme et un cas unique dans l’histoire du monde, où un pays commet en secret des actes de sabotage contre un autre »... Il a demandé à Moscou de livrer deux hommes supposés être des agents militaires russes de renseignement qui dit-on aurait commis des actes de sabotage sur le territoire géorgien en 2004/2005.

Gazprom a demandé « de ne pas politiser le problème », et s’est engagé à réparer les dégâts le plus vite possible. Selon le porte-parole du géant russe, qui s’est exprimé à la télévision NTV le 24 janvier. « Tout le monde, les Géorgiens comme les Russes, sont à égalité devant les terroristes, et vouloir faire de ce problème une affaire politique ne bénéficiera à personne, surtout pas à la Géorgie ».

Alors que les températures restent largement au-dessous de zéro, quelques quartiers seulement de la capitale Tbilissi étaient alimentés en gaz trois jours après l’explosion et l’électricité était très sévèrement limitée.

L’Arménie reçoit aussi son gaz de Russie via la Géorgie. Selon Shushan Sardarian, l’attachée de presse de ArmRosgazprom l’Arménie n’a de gaz que grâce à ses réserves stockées dans la ville d’Aparan. La consommation de gaz a chuté et la fourniture d’électricité à la Géorgie a été suspendue afin de conserver l’énergie pour l’usage domestique de l’Arménie.

L’ambassadeur de Russie à Tbilissi, Vladimir Chkhikvishvilli, a fermement rejeté les accusations d’actes malveillants de la part de Moscou, en affirmant qu’il faisait tout son possible pour que la Géorgie soit approvisionnée en gaz via l’Azerbaïdjan. « C’est illogique...la Russie serait responsable des explosions et après elle essaierait de réparer les dégâts aussi vite que possible », a déclaré l’ambassadeur.

Les autorités d’Ossétie du Nord ont déclaré qu’elles ouvraient une enquête criminelle pour connaître la cause des explosions. Un peu plus tard, le bureau du Procureur fédéral russe a déclaré que l’enquête s’orientait vers un acte de terrorisme.

Viktor Magkeyev, qui travaille à la direction de la compagnie locale affiliée à GazProm, déclare qu’il est bien convaincu qu’il s’agit d’un acte terroriste. « Nous avons passé deux jours à réparer le gazoduc avec nos collègues de la région de Stavropol et nous sommes arrivés à la même conclusion : c’est un acte terroriste bien organisé. Il y a plusieurs éléments qui en sont la preuve. Par exemple, les explosions ont été commandées à distance. J’ai vu la même chose en Tchéchénie et au Daghestan ». Un ancien officier du génie, a confirmé que les explosions avaient été faites par « des professionnels ».

Un responsable ministériel d’Ossétie du Nord, sous couvert d’anonymat, n’a nommé personne, mais il a affirmé que Moscou essayait d’utiliser la dépendance de la Géorgie envers le gaz russe comme tactique pour obtenir des compromis politiques sur des questions comme le différent sur l’Ossétie du Sud.

Demir Glorkhelidze, un expert géorgien est du même avis. « Il ne s’agit pas de mettre les autorités de Géorgie à genoux, personne aujourd’hui n’a cette ambition. Ce que veut la Russie, c’est qu’aucun projet dans le Caucase ne se fasse sans Gazprom. La compagnie a déjà réussi à passer de solides accords avec la Biélorussie et, après une année de transition tout ira bien en Ukraine. Si elle peut mettre la main sur notre gazoduc, elle aura vraiment une position solide ». Les explosions ont peut-être heurté les ambitions de Gazprom d’acquérir le gazoduc principal de Géorgie, propriété du gouvernement de Tbilissi.

Des discussions pour la vente du gazoduc à Gazprom avaient eu lieu à la fin de l’année dernière, après que la Géorgie avait dû céder et accepter le doublement du prix du gaz russe à 100 dollars les mille mètres cube. Mais les négociations avaient été interrompues après l’intervention des USA

Matthew Bryza, assistant du Secrétaire d’État et ami de longue date du Président Saakashvili, avait déclaré à des journalistes géorgiens en décembre : « la Russie est un voisin et le plus gros partenaire commercial de la Géorgie, mais la Géorgie est déjà en position de dépendance pour ses fournitures en gaz naturel ». Il avait recommandé à la Géorgie de diversifier ses sources d’approvisionnement.

La Géorgie regarde vers l’Azerbaïdjan pour recevoir du gaz en provenance du gisement de Shah Deniz dès 2007, grâce à un oléoduc en construction qui passe sur le territoire géorgien pour aller en Turquie. Le ministre de l’Énergie a expliqué que la Géorgie recevrait 200 millions de mètres cube par an en paiement du transit et 500 millions de mètres cubes à prix réduit. Mais les besoins annuels de la Géorgie pour 2006 s’élèvent à deux milliards de mètres cube. Le ministre a aussi expliqué que les raisons pour lesquelles le gouvernement avait envisagé de vendre le gazoduc à la Russie tenaient à la fois au besoin de se procurer du capital et de ne plus avoir à assurer l’entretien.

Le Président géorgien Mikhail Saakashvili a suggéré de réunir un forum à Tbilissi au printemps 2006, avec les ministres de l’énergie d’Ukraine et des pays européens, pour chercher des voies alternatives pour le transit du gaz vers l’Europe.

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