Depuis l’explosion du gazoduc en Ossétie du Nord, la Géorgie demeure toujours privée de gaz russe, alors que l’hiver est particulièrement rigoureux. L’opinion et les experts dénoncent le « chantage gazier » de Moscou, qui essaie par ce biais de retrouver son influence dans l’ancien Empire soviétique. L’opposition géorgienne dénonce aussi la manière dont le gouvernement de Tbilissi gère la crise, en pointant les responsabilités du ministre des Réformes économiques, qui a soutenu la privatisation du principal gazoduc du pays.
Les partis de l’opposition ont largement exprimé leur soutien aux autorités de Géorgie qui redoublaient d’efforts pour rétablir l’approvisionnement en gaz à la suite des explosions qui ont endommagé le gazoduc en Ossétie du Nord. Mais ils ont aussi exprimé de fortes critiques à l’encontre du ministre des Réformes économiques, Kakha Bendukidze, responsable de la récente campagne de privatisations en Géorgie, et qui avait soutenu la vente du principal gazoduc du pays.
Le 23 janvier, les députés du Front Démocratique, qui réunit les partis républicain et conservateur, ont pris la parole pour demander au Président Saakashvili qu’il limoge Kakha Bendukidze, soupçonné d’avoir servi les intérêts russes, alors qu’il était à la tête du conglomérat industriel russe UralMash.
« Il est l’un de ceux dont le gouvernement géorgien doit se débarrasser. On a besoin de se débarrasser des agents russes au sein de notre gouvernement », a déclaré le dirigeant du Parti républicain, David Berdzenishvili. Le ministre des Réformes économiques a rejeté ces accusations comme sans fondement.
Les exportations de gaz vers l’Arménie ont aussi cessé à cause de l’explosion, et la Géorgie ne reçoit plus d’électricité des centrales au gaz d’Arménie. Cependant à la différence de la Géorgie, l’Arménie possède des stocks de gaz naturel.
Pour compenser la pénurie en Géorgie, Gazprom a augmenté son approvisionnement régulier en Azerbaïdjan de 3 millions de m3, pour que l’Azerbaïdjan à son tour augmente ses exportations vers la Géorgie, via GazExport, filiale du géant russe GazProm. L’augmentation toutefois ne s’élève qu’à la moitié de l’approvisionnement nécessaire quotidien de 7 millions de mètres cube. Selon le ministre de l’Énergie de Géorgie, le gaz azéri approvisionne maintenant une partie de la capitale géorgienne, Tbilissi, et la centrale électrique de Gardabani.
La crise a eu lieu alors que les relations entre la Géorgie et la Russie se détériorent régulièrement à cause de l’augmentation du prix du gaz exporté vers la Géorgie. La nécessité de trouver une alternative à l’approvisionnement en gaz est un sujet sensible, souvent évoqué dans les cercles gouvernementaux, politiques et médiatiques. On a pensé à l’option du Kazakhstan. Le ministre de l’Énergie de Géorgie a commencé des négociations avec l’Iran pour obtenir du gaz naturel, selon la chaîne de télévision Rustavi-2.
De nombreux analystes géorgiens sont inquiets de ce qu’ils considèrent comme une tentative de la Russie d’utiliser ses ressources énergétiques pour rétablir son influence dans le Caucase Sud. Le 23 janvier, le quotidien russe Kommersant rapportait que l’Arménie serait prête à vendre à GazProm 45 % de ses actions de son gazoduc avec l’Iran en échange de gaz russe bon marché.
Pour Vladimer Papava, un économiste membre du Mouvement national démocrate, au pouvoir, et S. Frederick Starr, président du Centre d’études internationales pour l’Asie centrale et le Caucase de l’Université Hopkins, les explosions en Ossétie du Nord « sont des mesures de la Russie contre la Géorgie. Contrairement à l’Ukraine (où le gaz a été coupé à cause d’un désaccord sur le prix), les mesures prises à l’encontre de la Géorgie, ont été plus impressionnantes pour la communauté internationale ». Selon les deux experts, les événements de Géorgie font partie de la nouvelle politique russe pour s’assurer un monopole énergétique dans les pays post-soviétiques.
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