Les autorités arméniennes se battent pour éviter l’extension possible de la grippe aviaire à partir de la Turquie voisine où le virus mortel a tué plusieurs personnes. Parmi les mesures exceptionnelles prises par le gouvernement arménien, on compte une visite médicale obligatoire pour les personnes qui arrivent de Turquie, en plus des contrôles sanitaires renforcés aux frontières, ainsi que l’interdiction absolue de toute importation de volaille.
Traduit par Pierre Dérens
Le Président Robert Kocharian a tenu une réunion d’urgence avec de hauts responsables du gouvernement le 9 janvier, à la suite de la mort la semaine dernière de trois enfants turcs dans un village situé à moins de 60 kilomètres de la frontière arménienne. On rapporte que les enfants sont morts après avoir joué avec des poulets infectés par le virus H5N1. Il s’agissait du premier cas de transmission à l’homme par des volatiles, hors de l’Asie du Sud-Est. Les autorités sanitaires turques ont peu après confirmé au moins 14 cas de grippe aviaire, dont la plupart se trouvent à l’est du pays dans des régions proches de l’Arménie.
Le gouvernement arménien avait déjà mis sur pied une force interministérielle en novembre dernier, afin de répondre à de telles attaques du virus en Russie, en Turquie et en Europe de l’Est à la fin de l’année dernière. La possibilité d’une crise grave en Turquie avait amené cette force à redoubler d’activités. Son chef en second, Grigor Baghian, tient un point d’information en principe chaque jour afin d’informer les Arméniens sur les décisions du gouvernement et pour donner des conseils appropriés. « Pour ce qui concerne les moyens de lutte contre la grippe aviaire, nous faisons tout ce qui se fait dans le monde », a-t-il assuré aux journalistes le 11 janvier.
Pour l’instant, il n’y a pas eu de cas de grippe aviaire en Arménie. Cependant, Grigor Baghian, qui dirige aussi l’Inspection Vétérinaire d’État, a reconnu que l’Arménie se trouvait dans une zone à haut risque, en raison de son voisinage avec les régions frappées par l’épidémie. L’ambassade américaine d’Erevan a bien signifié ce danger en demandant avec insistance aux Américains vivant en Arménie « d’éviter tout contact avec de la volaille vivante et des oiseaux migrateurs ainsi que d’éviter d’acheter de la volaille de basse-cour ou bien vivante sur les marchés ».
Frontière ouverte ou fermée avec la Turquie ?
D’après le ministre des Affaires étrangères d’Arménie, Vartan Oskanian, Erevan a envoyé officiellement un message diplomatique à Ankara, cette semaine, demandant plus de détails sur les cas de grippe aviaire reconnus en Turquie.« Nous n’avons pas encore reçu de réponse », affirmait Vartan Oskanian, lors d’une conférence de presse le 10 janvier.
La Turquie et l’Arménie n’ont pas de relations diplomatiques, et leur frontière terrestre est fermée depuis plus de dix ans à cause du conflit toujours pas résolu avec l’Azerbaïdjan, le plus proche allié de la Turquie dans la région, au sujet de l’enclave du Nagorno-Karabagh. Toutefois, la fermeture de la frontière n’est guère une barrière crédible contre la grippe aviaire alors qu’un service de bus fonctionne régulièrement entre Istanbul et Erevan, sans être pour l’instant touché par cette grippe. Le Ministre des Affaires étrangères a donné simplement le conseil aux citoyens arméniens de rester éloignés des frontières orientales avec la Turquie.
Le virus peut aisément se transmettre par les oiseaux migrateurs. Chasser ces oiseaux est maintenant devenu illégal en Arménie, et il est instamment demandé aux villageois de signaler aux autorités toute carcasse d’oiseau ou bien tout oiseau malade. Le gouvernement a prévu 50 millions de drams (environ 85 000 euros) pour la vaccination de la volaille dans les régions rurales. De plus, des médecins arméniens assermentés sont tenus d’examiner toute personne venant de Turquie, alors que des équipes vétérinaires sont déployéesaux points de passage pour désinfecter tout véhicule entrant en Arménie venant de Géorgie et d’Iran. Les autorités arméniennes ont élargi une interdiction partielle sur les importations de volaille qu’elles avaient mise en place en octobre dernier.
Mobilisation régionale
Des mesures identiques ont été prises en Géorgie et Azerbaïdjan voisins. Les deux pays ont augmenté les contrôles médicaux et les opérations de désinfection aux frontières. À ce jour, aucun n’a fait état de cas de grippe aviaire. Dans un entretien du 11 janvier sur la télévision Rustavi-2, le Premier ministre géorgien Zurab Noghaideli rapportait que 2,7 millions de lari (environ 1,2 millions d’euros) avaient été affectés aux mesures préventives, expliquées simplement, ainsi que pour apprendre aux écoliers l’essentiel sur la grippe aviaire. Sept centres d’urgence ont été mis au point pour lutter contre tout déclenchement de l’épidémie, d’après le Premier ministre. En Azerbaïdjan, on rapporte que l’attention se concentre sur l’enclave du Nakhichevan à la frontière turque. Le quotidien de Bakou Echo a rapporté que le responsable adjoint du service vétérinaire du pays, Emin Sakharov, aurait dit que les contrôles sanitaires avaient été renforcés de façon significative la semaine dernière.
Il reste à voir si ces précautions sont efficaces. Dans les trois états du Caucase sud, on a déjà rapporté la mort de dizaines de poulets dans des fermes, ces semaines passées. Mais les responsables locaux et les paysans insistent à dire que ces morts sont la cause d’autres maladies plus « traditionnelles », qui se rencontrent fréquemment dans les parties rurales pauvres de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie. Des experts des questions de santé affirment que la région connaîtra des risques plus élevés encore avec le début de la migration printanière des oiseaux à partir de la Turquie et d’autres régions du monde.
L’Union Européenne, cependant, a décidé de ne pas prendre de risques, en interdisant l’importation de toute bête à plume, volaille et œufs de six pays frontaliers avec la Turquie, ce qui inclut l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie . De plus, les habitants de ces trois pays se rendant en Russie doivent maintenant subir des contrôles médicaux à leur arrivée.
Ces mesures d’urgence devraient rester en place jusqu’à ce que la situation en Turquie s’améliore de façon sensible. Les avis sont partagés sur ce que cela veut dire. « Il me semble que ce qui se passe en Turquie peut rapidement être contrôlé », expliquait dès le 10 janvier Guenael Rodier, responsable d’une équipe de l’organisation mondiale de la santé (OMS), venue évaluer l’épidémie.
Cependant, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est moins optimiste. Dans une déclaration du 11 janvier, la FAO parlait d’un virus qui pourrait devenir endémique en Turquie et poser de sérieux problèmes à ses voisins, dont l’Arménie.
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