La forte augmentation des prix du gaz russe oblige l’Azerbaïdjan et les pays voisins à chercher de nouvelles sources d’énergie. Depuis le début de l’année 2006, Gazexport, la filiale du géant russe Gazprom qui approvisionne les pays du sud Caucase, a pratiquement doublé ses prix. L’Azerbaïdjan et l’Arménie se tournent vers l’Iran pour moins dépendre de la Russie.
Traduit par Jacqueline Dérens
Les réserves en gaz de la mer Caspienne, qui appartiennent à l’Azerbaïdjan, fournissent 5 milliards des 12 à 14 milliards de mètres cubes de gaz que le pays consomme chaque année, le reste venant principalement de Russie.
Le 21 décembre, l’Azerbaïdjan a signé un nouveau contrat pour 2006, au terme duquel Gazprom s’engage à fournir 4,5 milliards de mètres cubes de gaz au prix de 110 dollars les 1000 mètres cubes. Après la signature, le Président Ilham Aliev a déclaré aux journalistes : « nous n’avons tout simplement pas d’autres solutions ». Il a ajouté que le pays était à la recherche de sources alternatives de fourniture en gaz , y compris en Iran.
La compagnie russe d’électricité UES a en même temps parlé d’augmenter les prix de l’électricité fournie à l’Azerbaïdjan. « Aujourd’hui, nous payons à UES le kilowatt-heure à 2,8 cents, le nouveau tarif proposé est de 4 cents le KWH », a annoncé aux journalistes le responsable de la compagnie électrique Azernegy, Elibar Pirvediev. « L’Azerbaïdjan peut se passer des fournitures d’électricité venant de la Russie et nous allons le faire ». Il a expliqué que la hausse des tarifs de l’électricité était le résultat de la hausse des prix du gaz sur le marché domestique russe.
Le mécontentement causé par ces augmentations de prix a amené l’Azerbaïdjan a passé un nouveau marché avec son voisin l’Iran. Le jour précédant la signature du nouveau contrat avec les Russes, le Président Aliev rencontrait son homologue iranien Mahmoud Ahmedinejad pour l’inauguration d’un gazoduc apportant le gaz iranien dans la région azérie du Nakhitchevan.
Le Nakhitchevan est séparé du reste de l’Azerbaïdjan par l’Arménie et cette région était approvisionnée par du gaz en bonbonne depuis le conflit avec le Nagorny-Karabakh, il y a 15 ans, et la rupture des relations diplomatiques entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui avait provoqué la fermeture du gazoduc venant d’Azerbaïdjan.
À Bakou, la signature du marché avec l’Iran a été interprété comme une conséquence de la politique énergétique de Moscou.
L’analyste Rusim Musabekov estime que les relations de l’Azerbaïdjan avec la Russie et l’Iran sont motivées par des raisons économiques. « Je ne vois aucun motif politique dans la décision russe d’augmenter les prix du gaz pour l’Azerbaïdjan, car ils ont aussi augmenté les prix pour l’Arménie, leur avant-poste dans le sud Caucase. De même, la coopération avec l’Iran résulte de la volonté de l’Azerbaïdjan de trouver une source alternative avantageuse d’approvisionnement énergétique ».
Une centrale électrique bientôt remise en service au Nakhitchevan ?
On s’attend à ce que l’approvisionnement en gaz vers le Nakhitchevan passe de 52 millions de mètres cubes à 250 millions, voire 500 millions. Cette augmentation permettrait de remettre en activité la centrale électrique de Babek qui ne fonctionne plus depuis des années. Et ainsi d’améliorer la situation de la région qui souffre de coupures de courant d’une façon chronique.
Selon l’ingénieur en chef de Azernergy, Nazim Aserov, cette centrale ne fonctionne pas à cause du manque de carburant. Au début de février 2006, ces quatre turbines pourraient être remises en service l’une après l’autre, chacune avec une capacité de 18 mégawatts. En mai 2006, Babek fonctionnera à pleine capacité, grâce au gaz iranien.
Dans le cadre d’une autre transaction, Bakou va essayer d’acheter un milliard de mètres cubes de gaz iranien en 2006, pour réduire encore plus sa dépendance envers la Russie. « Le travail technique autour d’un projet pour faire venir le gaz iranien par le sud, par la ville d’Astara, est entamé. Ce gaz sera utilisé pour alimenter la centrale de Alibairamli, sur la frontière iranienne ».
La pénurie de gaz en Azerbaïdjan pourrait prendre fin en 2007, quand un nouveau gazoduc commencera à fonctionner pour satisfaire les besoins locaux et exporter du gaz, depuis Sha Deniz sur la Caspienne vers la ville turque de Erzerum.
L’Arménie et la Georgie sont aussi touchées par les augmentations de prix du gaz russe. Le 29 décembre, le Ministre des Affaires étrangères d’Arménie Vardan Oskanian a déclaré que cette augmentation serait un coup sévère porté à l’économie et il a déclaré sur la chaîne de télévision Kentron que l’Arménie avait besoin de revoir entièrement sa politique énergétique et sa politique de sécurité économique à la lumière de cette augmentation. L’Arménie et l’Iran travaillent déjà à la construction d’un nouveau gazoduc qui devrait entrer en opération en 2007.
Pour Vala Guluzade, ancien conseiller présidentiel pour les affaires étrangères en Azerbaïdjan, la décision de Moscou d’augmenter les prix du gaz pour ses voisins est un stratagème de Moscou pour faire pression sur le président Viktor Iouchtchenko avant les élections législatives prévue en mars en Ukraine. Mais il pense que cette politique pourrait mal tourner. « Moscou a utilisé cette tactique contre la Géorgie et la Moldavie et les sentiments anti-russes ont pris de l’ampleur dans ces pays. Les Russes ont augmenté les prix pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour cacher leurs réelles intentions ».