Un habitant de l’Azerbaïdjan sur dix est un réfugié ou un déplacé, chassé d’Arménie, du Nagorno-Karabagh ou des régions avoisinantes tombées sous contrôle arménien. Traditionnellement, le vote des réfugiés était acquis au régime Aliyev, mais le mécontentement gagne aussi les réfugiés, surtout ceux qui n’ont pas pu s’intégrer dans la société azerbaïdjanaise.
Bakou - De violents pogroms interethniques avaient éclaté dès 1988 dans les deux républiques caucasiennes, avant qu’une guerre ne les oppose jusqu’en 1992. Depuis, les fronts sont gelés, mais les réfugiés n’ont pas perdu espoir de revenir un jour dans les « territoires occupés ».
Le journaliste Kerim Kerimli est originaire de Shusha, l’ancienne capitale azérie du Nagorno-Karabagh, qui est tombée aux mains des forces arméniennes le 8 mai 1992. Président d’une Association de déplacés internes (IDP), engagé dans le réseau de la Helsinki Citizen’s Assembly, il est candidat indépendant pour le district du Karabagh aux législatives du 6 novembre. En réalité, sa circonscription est immense, puisque ses électeurs potentiels sont disséminés dans des centres d’accueil à travers tout le pays.
À quelques jours du scrutin, Kerim Kerimli part en campagne dans les camps des alentours de Bakou, sur la rive septentrionale de la péninsule d’Abchéron. « Les partis d’opposition comme le Musavat ou le Front populaire ne parlent que de la corruption, et personne ne dit un mot de la situation du Karabagh. Le pouvoir veut garder le pouvoir et l’opposition veut le prendre, mais tout le monde semble avoir oublié les 800 000 réfugiés ». Kerim Kerimli n’est pas un va-t’en-guerre. Il plaide au contraire pour une résolution pacifique et négociée de la crise. Un discours pas toujours évident à faire passer auprès de personnes qui survivent depuis plus de treize ans dans des conditions d’extrême précarité.

Dans l’ancien camp de vacances pour pionniers de Pilsagi, à quelques centaines de mètres de la mer Caspienne, Kerim Kerimli est cependant en terrain ami. Les 130 familles qui s’entassent dans les bâtiments délabrés sont toutes originaires, comme lui, de la ville de Shusha. « Nous avons de l’eau, mais elle n’est pas potable. Nous avons parfois de l’électricité, mais pas l’hiver, quand il fait très froid à cause du vent qui vient de la mer », explique un habitant du camp. Les réfugiés et les déplacés touchent 30 000 manat (environ 5 euros) par personne et par mois du gouvernement. Pour le reste, plus aucune organisation humanitaire ne visite le camp.
Le premier problème des réfugiés reste néanmoins le manque de travail. Seuls les hommes parviennent de temps en temps à s’embaucher quelques jours pour des travaux de force. « Nos enfants ont grandi ici. Depuis 13 ans, ils n’ont pas d’autre horizon que ce camp. Comment pourraient-ils par exemple se marier, quand chaque famille doit vivre dans dix mètres carrés », demande Fuad, un homme d’une quarantaine d’années. Kerim Kerimli fait campagne avec ses deux neveux, qui distribuent les prospectus de campagne. Le plus jeune est parti de Shusha quand il avait quatre ans. « Mais je me souviens encore de notre maison, au pied de la montagne. Un jour, nous reviendrons »...
Toutes les installations de vacances datant de l’ère soviétique qui s’étendent sur cette portion du littoral sont occupées par des réfugiés, comme l’immense sanatorium de Kizilgum (Sable d’or), qui présente une gigantesque carcasse de béton éventrée. Aibaniz Cafarova, qui élève seule ses trois enfants, est la veuve d’un combattant tué au front. « Il a reçu une médaille de héros national, mais je n’ai jamais touché la pension qui devait aller avec ».
À quelques kilomètres de là, le village de Ramana, coincé entre l’aéroport de Bakou et les champs de pétrole, a été récemment construit pour accueillir les réfugiés dans de meilleures conditions. Les maisonnettes s’étendent au long de rues sans âme et sans animation. Quelques hommes âgés attendent le candidat à la députation, assis sur les petits bancs placés devant une des rares épiceries du village. Ramiz, la soixantaine, arbore une lourde chapka malgré la chaleur de l’après-midi ensoleillée. Il ne décolère pas.
« Nous avons été expulsés trois fois. D’abord de chez nous en Arménie, pour aller au Karabagh. Ensuite, nous avons du fuir le Karabagh pour venir dans un premier camp proche de Bakou, et puis le gouvernement nous a ordonné de venir ici. Mes enfants vivent dans un autre camp au Nakhitchevan, à l’autre bout du pays. Je n’ai pas d’argent pour aller les voir, ni même pour leur téléphoner ».
La politique de démantèlement des centres collectifs et de lotissement des réfugiés et des déplacés est vivement contestée. « En nous installant ici, le gouvernement fait semblant de régler le problème, mais nous n’avons aucun moyen de vivre décemment, et nous voulons rentrer un jour chez nous, au Karabagh ou en Arménie », poursuit Ramiz, dont les propos sont approuvés par tous les curieux attroupés autour de lui.
Le candidat député tente d’orienter la critique vers le gouvernement, mais la plupart des réfugiés se récrient. L’ancien Président Heydar Aliyev, décédé en 2003, reste leur grand homme. « S’il n’était pas mort aussi tôt, il nous aurait conduit au Karabagh », ne craint pas d’affirmer un homme. L’actuel Président Ilham Aliyev, fils et successeur de son père, suscite moins d’enthousiasme, mais le légalisme de ces réfugiés semble acquis.
Lors des derniers scrutins, les réfugiés et les déplacés représentaient même une réserve de voix précieuses pour le pouvoir. « Les politiciens oublient les camps de réfugiés, sauf en période électorale. Souvent, les autorités organisent des carrousels de voiture pour emmener les gens voter. Beaucoup votent plusieurs fois, ils reçoivent parfois un peu d’argent », note avec amertume Kerim Kerimli. « Moi, je leur dis que le rôle d’un député n’était pas distribuer de l’argent mais de faire respecter les lois et la volonté des citoyens ».
Les ONG qui vont assurer une observation indépendante des élections sont elles-mêmes peu optimistes. Les électeurs sont inscrits dans leur circonscription d’origine, mais en treize années, il a été facile de modifier les listes électorales.
Dans les camps, les réfugiés sont en tout cas bien peu intéressés par le discours de l’opposition axé sur la dénonciation de la corruption du régime. À moins que le ras-le-bol ne finisse par détacher ces réfugiés oubliés du clan Alieyev, qui contrôle l’Azerbaïdjan comme un fief depuis 1993.
Enfin, un journal français vient de dire la vérité sur la malheureuse situation des refugies chasses par les armeniens de leurs terres. Aujourd hui un million d azeris est chasse par les armeniens de leurs terres (sans compter les massacres) et ils vivent dans les conditions incroyables. Et l’occidant continue toujours de soutenir les armeniens.
pour moi c est le premier. sinon j ai toujours vu le soutien des francais aux armeniens en leur montrant comme des victimes et un peuple martire.
Mais quoi qu il en soit l histoire dira ses mots et la verite sera accepte par tous.
je l espere