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Azerbaïdjan : oui ou non à des bases militaires américaines ?
Par Alman Mir Ismail

Après leur retrait d’Ouzbékistan, les USA pourraient-ils être tentés d’installer des bases militaires en Azerbaïdjan ? A priori, la Constitution du pays l’interdit, mais l’on parle beaucoup de « forces mobiles » liées à la nouvelle « Garde de la Caspienne » promue par Washington. Un geste du Président Ilham Aliyev pourrait peut-être lui valoir une grande mansuétude de la part des USA, à la veille des cruciales élections législatives du 6 novembre.

L’ambassadeur américain en Azerbaïdjan, Reno Harnish, et le Président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, ont tous deux rejeté l’idée que les Américains ouvriraient une base militaire permanente dans le pays. En visite dans les régions d’Agsu, de Gabala et d’Oguz, le Président a réaffirmé le 19 août : « L’Azerbaïdjan n’accueillera pas de base militaire américaine ». Reno Harnish a aussi démenti que Washington l’ait demandé à Ilham Aliyev. « Nous n’allons pas situer nos bases militaires en Azerbaïdjan », a confié l’ambassadeur américain aux journalistes azerbaïdjanais le 26 août, selon le journal de langue russe Zerkalo.

Mais alors que le Pentagone retire ses troupes d’Ouzbékistan, à la demande du gouvernement ouzbek, on se demande de plus en plus s’il ne va pas les installer en Azerbaïdjan. Donald Rumsfeld, le ministre de la Défense, s’est rendu trois fois à Bakou l’an dernier et, en dépit du démenti de l’ambassadeur Harnish, les médias continuent de prétendre que le chef du Pentagone se préparerait à revenir dans les jours qui viennent. Un porte-parole du Pentagone affirme qu’en général les déplacements du ministre ne sont pas rendus publics à l’avance, pour des raisons de sécurité. De même que l’Azerbaïdjan, le Turkménistan a été l’objet d’une rumeur, selon laquelle il pourrait accueillir une base américaine. Les médias russes ont écarté ces rumeurs que les responsables américains et turkmènes ont catégoriquement niées.

En dépit des dénégations du président Aliyev, il se pourrait bien qu’une base américaine future dans le pays n’aide pas le gouvernement. C’est l’avis d’un éminent politologue. « Poser la question de l’implantation de bases militaires américaines en Azerbaïdjan arrive au mauvais moment, parce que les électeurs pro-iraniens et ceux qui sont pro-russes verront cette question d’un mauvais œil et voteront contre le parti au pouvoir (le parti azerbaïdjanais Yeni) », estime le professeur Musa Gasmli, expert en politique américaine à l’Université de Bakou. « C’est aussi un mauvais moment pour les intérêts américains dans la région ».

Le Musavat pour des bases US

Déjà, le débat est violemment politisé. Isa Gambar, le président du parti d’opposition Musavat, s’est récemment exprimé en faveur de l’ouverture de bases militaires américaines, puisque l’Azerbaïdjan, en tant que membre de la coalition anti-terroriste, doit tenir ses engagements, comme l’expliquait le journal Ayna le 1er septembre dernier. « Étant donné que les USA veulent assurer leur présence ici, l’Azerbaïdjan se doit d’être positif sur ce point ».

Néanmoins, en Azerbaïdjan, les lois et les accords internationaux rendent cette installation peu vraisemblable. En 2004, le Parlement a voté une loi qui interdit l’installation de bases militaires étrangères sur le territoire national. Lors d’un voyage en Iran, cette année, Ilham Aliyev a aussi signé un pacte de non-agression, document particulièrement important étant données les tensions existant entre Washington et Téhéran sur le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran.

Une « force mobile » américaine ?

Des sources d’information azerbaïdjanaises s’intéressent plutôt aux projets d’une installation mobile temporaire. Sans donner ses sources, l’Agence APA signalait il y a peu qu’alors qu’une force similaire à l’ancienne base américaine de Karshi-Khanabad en Ouzbékistan n’est pas envisageable en Azerbaïdjan, une « structure » sans but défini pourrait voir le jour pour défendre les intérêts stratégiques divers de Washington, et protéger en particulier le pipe-line principal (Bakou-Tbilissi-Ceyhan).

Washington n’a pas réagi à ces spéculations, mais une force mobile est déjà programmée pour l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. En août dernier, le Pentagone a annoncé qu’il allouait, sur les six prochaines années, 130 millions de dollars américains pour l’entraînement d’une « Garde de la Caspienne ». Elle aura pour mission de désamorcer les trafics de drogues et d’armes sur la mer Caspienne, elle combattra le terrorisme international ainsi que la diffusion des armes de destruction massive dans la région.

D’après ce programme, les USA espèrent pouvoir construire un centre de contrôle en Azerbaïdjan ainsi que des sites pour coordonner les opérations maritimes et aériennes, d’après un rapport de l’armée, en date du 10 août, cité par le Colonel Scott Sweetser, coordinateur de l’initiative de la Garde de la Caspienne.

Ces derniers mois, les USA ont fait pression sur le gouvernement de Ilham Aliyev pour que soient organisées des élections libres et justes le 6 novembre. Des experts locaux pensent que le gouvernement américain ne serait pas opposé à relâcher son attention sur la façon dont l’administration d’Ilham Aliyev gère la conduite des élections, en échange de l’engagement d’accepter une présence stratégique américaine dans le pays. Vafa Guluzadeh, ancien conseiller présidentiel pour les affaires étrangères, expliquait il y a peu au journal Sherg que la question d’une base américaine aura de toute façon des répercussions sur les élections législatives.

La surveillance des élections du 6 novembre

Sulheddin Akber, vice-président du parti d’opposition Musavat, écarte l’hypothèse de voir la question des bases militaires interférer sur la position américaine à propos des élections azerbaïdjanaises du 6 novembre. « Les USA n’ont pas reculé sur leur position en Ouzbékistan, où leurs fortes critiques de la réponse ouzbek à la manifestation de juin 2005 à Andijan se sont soldées par l’exigence de Tachkent que les troupes américaines se retirent de la base aérienne de Karshi-Khanabad, dans le sud de l’Ouzbékistan. De ce point de vue, les USA ne sacrifieront pas leurs exigences démocratiques en Azerbaïdjan pour des bases qui ne sont pas encore construites ».

Pour le moment, Washington ne montre aucun signe de vouloir relâcher son contrôle sur la préparation des élections du 6 novembre. Ces élections apparaissent largement comme un test pour l’engagement de l’administration de Ilham Aliyev en faveur des réformes démocratiques. Début septembre, le sénateur Richard Lugers (républicain de l’Indiana), influent président du comité sénatorial des affaires étrangères, et le sénateur Barak Obama (démocrate de l’Illinois) ont été les derniers d’une série de visiteurs éminents en Azerbaïdjan pour observer les préparations électorales. Richard Lugar confiait aux journalistes à Bakou, le 31 août, qu’il voulait convaincre le Congrès « que des élections justes et libres allaient se tenir ».

Alman Mir Ismail est le pseudonyme d’un analyste politique de Bakou.

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